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Lettres AD et chiffres 1680 sur support en bois

1680 ap. J. C. et la préhistoire de Rapa Nui

CARL LIPO
TERRY HUNT

Carl Lipo est professeur associé au département d’anthropologie et à l’IIRMES de l’université d’État de Californie, à Long Beach.
Terry Hunt est professeur au département d’anthropologie de l’université d’Hawaï-Manoa.

Résumé

1680 ap. J. C. reste une date centrale dans la préhistoire de Rapa Nui (île de Pâques). Cette date a d’abord été proposée comme l’année d’une bataille épique et calculée à partir du nombre de générations racontées dans les traditions orales. Plus tard, cette estimation a été liée à une datation au radiocarbone d’un échantillon de charbon de bois prélevé dans la tranchée de Poike. Bien que la littérature ne considère plus la date comme le moment d’une guerre entre des groupes préhistoriques, elle est maintenant considérée comme représentant un tournant préhistorique d’effondrement environnemental et de bouleversement social. Ici, nous examinerons les origines de la date de 1680 et évaluerons la raison de sa détermination initiale ainsi que sa base empirique. Nous concluerons que 1680 ne peut être considérée certaine quant au déroulement d’un changement culturel transformateur. Des recherches chronologiques supplémentaires sont nécessaires pour distinguer les changements archéologiques qu’ils soient préhistoriques ou survenus après et comme conséquence du contact avec les Européens.

L’idée que l’année 1680 constitue un tournant dans la préhistoire de Rapa Nui est ancrée dans les récits populaires ainsi que dans la littérature archéo-écologique contemporaine de l’île (Bahn et Flenley 1992 ; Diamond 1995, 2005, 2007 ; Flenley et Bahn 2002 ; Stevenson et Haoa Cardinali 2008 ; Stevenson et al. 2006). La date a été proposée comme l’année d’une bataille épique et calculée à partir du nombre de générations issu des traditions orales. Estimation également fondée sur une datation au radiocarbone d’un échantillon provenant du fossé de Poike. Dans ces optiques, c’est une date considérée comme un tournant catastrophique pour les populations préhistoriques de l’île (Smith 1961b : 391 ; Routledge 1919 : 280) et comme le début de l’effondrement environnemental et démographique causé par des siècles de surexploitation des ressources et de surpopulation (Diamond 1995, 2005). Et quand bien même certains auteurs rejettent tacitement la datation au radiocarbone comme preuve d’une bataille, ils l’utilisent tout de même pour structurer la chronologie de l’île de Pâques (Bahn et Flenley 1992 : 180 ; Flenley et Bahn 2002 : 170 ; Stevenson et Haoa Cardinali 2008 ; Vargas et al. 2006 : 233). Ainsi, l’idée d’un boulversement ayant eu lieu vers le milieu ou la fin du XVIIe siècle continue de jouer un rôle important dans les interprétations contemporaines des archives archéologiques de Rapa Nui.

Étant donné le rôle que cette date joue dans la structuration explicite ou implicite de la chronologie de l’île, il est essentiel de considérer ses origines et d’évaluer sa véracité. Nos travaux indiquent qu’il n’y a actuellement aucune raison de croire que l’année 1680 ou toute autre date de la fin du XVIIe siècle ait constitué un événement important, voire transformateur, de la préhistoire. De plus, il n’existe aucune raison de considérer 1680 comme un marqueur chronologique, un événement ou un cadre d’interprétation, pour les archives archéologiques de l’île. Enfin, comme certaines preuves indiqueraient une colonisation initiale vers 1200 (Hunt et Lipo 2006, 2007, 2008), il est nécessaire de réévaluer complètement la chronologie de l’île dans son ensemble. Si nous savons que les Hollandais sont arrivés en 1722, nous avons encore beaucoup à apprendre sur la chronologie culturelle préhistorique de l’île.

La première mention de l’année 1680 comme date importante dans la préhistoire de Rapa Nui provient des travaux de Sebastian Englert (1948, 1974) qui mentionnent 1680 comme estimation de la date d’une bataille légendaire entre deux groupes connus sous le nom de Hanau Eepe (‘’Longues Oreilles’’) et de Hanau Momoko (‘’Courtes Oreilles’’). Cette bataille aurait eu lieu au pied de la presqu’île de Poike où existe une longue dépression linéaire, le «fossé de Poike» (Reanier et Ryan 2003). Compte tenu de sa mention fréquente dans les récits ethnohistoriques (Metraux 1940 ; Routledge 1919 ; Thomson 1891), elle a été traditionnellement considérée comme un événement historique réel qui a eu lieu avant l’arrivée de Rogeveen sur l’île en 1722.

Bien qu’Englert ait pricipalement déterminé cette date à partir des généalogies (Smith 1961b:391), sa valeur semble avoir été choisie en fonction de plusieurs autres critères. En premier lieu, Englert (1974:91) suppose que la bataille légendaire s’est déroulée avant le premier contact avec les Européens, probablement en raison de l’absence de comptes rendus historiques européens directs. Ensuite, Englert situe cet événement vers la fin de la préhistoire sur la base d’une chronologie relativement courte qu’il avance pour l’occupation de l’île. Il a calculé l’époque de la colonisation de l’île en se basant sur la date de naissance du Rapanui Enrike Ika en 1850 et sur les 18 générations qui le séparent de Hotu Matu’a, le légendaire fondateur et géniteur du peuple rapanui. En utilisant 25 ans comme durée moyenne d’une génération, Englert a estimé que l’île a été colonisée en 1400, soit 322 années avant l’arrivée de Roggeveen. En supposant que la bataille a eu lieu «quelques décennies avant Roggeveen» Englert «fixe la date à 1680» (1974 : 91).

La valeur de cette date a donc été établie pour correspondre à ce qu’Englert connaissait de l’histoire de l’île de Pâques au travers de témoignages qu’il a recueillis. Mais sa véracité historique reste quelque peu douteuse. En tant que date absolue, cependant, elle a fourni une base numérique aux chercheurs pour discuter d’un élément central de la chronologie de l’île. Considérant ses dates au radiocarbone (c’est-à-dire la date désignée K-501)¹ du fossé de Poike, Smith (1961b : 391) a estimé une date à «environ 1676» et l’a interprétée comme «remarquablement proche de la date estimée d’environ 1680». Smith (1961b : 391) a ensuite continué à écrire sur l’histoire de la culture rapanui, en affirmant que cette «date d’environ 1680, pour le grand feu, et l’absence de tête de lance en obsidienne ou mataa, suggère que cette guerre entre les Hanau Eepe et les Hanau Momoko a marqué la fin de la période médiane, où la mataa semble donc avoir été inconnue ou rare, et le début de la période tardive où cette même mataa était abondante». En intégrant l’estimation d’Englert et ses propres datations au radiocarbone, Smith a réifié la date de 1680 comme le point tournant de la préhistoire de Rapa Nui.

Ferdon (1961:532), dans le même ouvrage, définit les périodes historiques de la culture à l’aide de cette même date : «La période tardive (1680-1868) a débuté avec la bataille du fossé de Poike qui, selon la légende, a entraîné la quasi annihilation des Hanau Eeepe, ou Longues Oreilles, par les Hanau Momoko, ou Courtes Oreilles».

C’est ainsi que la date de 1680 a été considérée comme intégrante des traditions orales «vérifiée» par la datation au radiocarbone.

La tradition orale et la datation au radiocarbone

La date de 1680 et sa relation avec le conflit préhistorique supposé sont ancrées dans les notions de la préhistoire de Rapa Nui. Cette importance s’explique en partie par le fait que cette année semble soutenir la thèse ethnohistorique d’un événement réel. À l’origine de cette «preuve», le travail des enquêteurs qui ont rejoint Heyerdahl lors de son expédition de 1955 : Edwin N. Ferdon et Carlyle Smith. Ces archéologues américanistes ont reçu une formation d’historien culturel et ont travaillé respectivement dans les plaines du Sud-Ouest et dans les plaines du Nord américain. Smith a travaillé avec James Ford en Louisiane et connaissait certainement les méthodes standard utilisées pour construire l’histoire des cultures. Ces deux historiens de la culture ont joué un rôle majeur dans l’expédition : direction d’une grande partie des fouilles, interprétation stratigraphique, et construction de la chronologie de Rapa Nui. Alors que Heyerdahl a principalement axé ses recherches sur la résolution de la relation culturelle des populations préhistoriques, c’est Ferdon, par exemple, qui a résumé la chronologie préhistorique de l’île dans le chapitre final de la monographie de l’expédition (Ferdon 1961), tandis que Smith (1961c) a fait état des datations au radiocarbone.

L’un des problèmes de l’époque pour un historien culturel travaillant sur Rapa Nui était l’absence d’une base théorique pour expliquer sa méthode. (Lyman et al. 1997). Plus précisément, le rôle des descriptions stylistiques des objets culturels n’était pas indiqué comme outil majeur dans le changement temporel. Si le précepte de la forme évoluant avec le temps avait été considéré à l’époque comme méthode logique, alors les chercheurs auraient compris que le principal défi de la construction d’une chronologie consistait à décrire l’objet en termes de variabilité stylistique. L’absence de variabilité décorative de la céramique, bien établie dans des endroits comme l’Amérique du Nord, rendait cette tâche difficile. Les classes d’objets étant principalement composées d’amas de pierres agrégées et de simples outils en pierre, trouver des moyens de mesurer les enregistrements archéologiques qui ne sont pas influencés par la variabilité fonctionnelle (c’est-à-dire des formes qui reflètent l’interaction avec l’environnement) est un défi qui continue de tourmenter les chercheurs aujourd’hui. L’étude des variations stylistiques dans l’architecture et les statues a été une première tentative d’utiliser les aspects de la forme pour construire une chronologie de l’île (Smith 1961a).

Faute de variabilité décorative, comme on en voit couramment dans les poteries des Amériques, pouvant servir à construire des classes stylistiques, Ferdon et Smith se sont appuyés sur des principes de base pour construire leur chronologie. Premièrement : la date de fin de la préhistoire peut être considérée comme celle du contact avec les Européens en 1722. Deuxièmement : on suppose que l’île était en grande partie dépourvue d’arbres et qu’aucune statue n’a été construite pendant les premières rencontres européennes. Troisièmement : les légendes ethnohistoriques racontent une guerre majeure qui s’est produite dans la préhistoire. Sur la base de ces hypothèses et de la date de 1680, Ferdon a proposé trois périodes chronologiques. La ‘’période tardive’’ est supposée avoir eu lieu après la bataille de 1680 et a conduit aux conditions observées par les premiers observateurs européens. La «période médiane» concerne aux environs de 1100 à 1680 (notez ici que seule la date de 1680 est considérée comme certaine). La «première période» a commencé avec la colonisation humaine en 400 après J.-C., sur la base des résultats de la radioactivité du fossé de Poike (voir Smith 1961b, c). Ainsi, cette période était largement spéculative et sa certitude basée sur la nécessité de rationaliser la datation au radiocarbone. Dans cette optique, il y a en fait seulement deux «périodes» qui constituent la préhistoire de l’île selon Ferdon : la période avant et la période après 1680. C’est ainsi que la base originale de la chronologie de l’île après la colonisation polynésienne est structurée : presque entièrement sur cette seule date. L’histoire mythique et la datation au radiocarbone coïncidentes ont servi à consolider l’année 1680 comme un événement réel et empirique.

Versions contemporaines de la date 1680

Bien que les origines de la date de 1680 trouvent fondement dans les interprétations des légendes ethnographiques, la plupart des chercheurs contemporains ne croient pas à la véracité des faits illustrants l’histoire de cette bataille (Flenley et Bahn 2002:154). Les premiers interprètes des traditions recueillies étaient déjà conscients du fait que les légendes de ce type devaient être prises avec beaucoup de prudence, en particulier si l’on voulait leur attribuer une stricte véracité historique. Dans ses interviews des anciens habitants de l’île, Routledge (1919 : 211) fait remarquer qu’il est «encore plus difficile de recueillir des faits à partir de cerveaux que de pierres». Metraux (1940:74) va même jusqu’à se demander si l’histoire elle-même a une quelconque antiquité et suggère que «très probablement, le combat entre les Longues et les Courtes Oreilles est un thème assez récent».

Malgré les problèmes que pose le lien entre une datation au radiocarbone et un événement présumé raconté dans une légende et enregistré quelque 200 ans après sa survenance supposée, la notion d’événement transformateur survenu à la fin de la préhistoire et avant le contact avec l’Europe reste un élément essentiel de la chronologie envisagée pour l’île. D’autres analyses transforment un événement de 1680 en une période de changement transformateur marquée par une combinaison de changements environnementaux et sociopolitiques. Plutôt qu’une guerre unique, on écrit alors sur une période d’instabilité et de déclin précédant l’année 1722. Par exemple, après avoir contesté l’idée qu’une grande bataille ait eu lieu au Poike (Flenley et Bahn 2002:153-154), Flenley et Bahn (2002:171) expliquent que les changements dans les ressources alimentaires marines indiquent un déclin significatif de la population qui «correspondrait aux traditions orales qui indiquent de grands changements sociopolitiques sur l’île vers 1680, avec un changement dans la religion, les pratiques funéraires, l’architecture et le leadership». De la même manière, Vargas et al. (2006:233) affirment qu’à partir du XVIe siècle et jusqu’à l’arrivée des Européens, des changements majeurs se sont produits sur le plan culturel, politique, religieux, environnemental et démographique.

Bien sûr, la plus célèbre de ces affirmations provient du récit populaire de «l’effondrement» de Diamond à la fin de la préhistoire. S’inspirant largement des travaux de Bahn et Flenley (1992), Diamond (1995:213) soutient qu’»avec la disparition des excédents alimentaires, l’île de Pâques ne pouvait plus nourrir les chefs, les bureaucrates et les prêtres qui faisaient fonctionner une société complexe. . . Vers 1700, la population a commencé à s’effondrer et a atteint entre un quart et un dixième de son niveau antérieur.»

Ainsi, l’accent est mis sur l’année 1680, qui devient beaucoup plus qu’une simple date de bataille lengendaire en constituant le centre des discussions sur la chronologie et les transformations préhistoriques de la culture et de l’environnement. Stevenson et Haoa Cardinali (2008:176), par exemple, ont récemment divisé les modèles de peuplement de l’île en utilisant la date de 1680 pour délimiter deux phases (phases III et IV), car c’est «l’année où les bouleversements politiques entre les lignées d’élite et la population de rang inférieur ont commencé». Ils (Stevenson et Haoa Cardinali 2008:176) continuent de conclure que cette date est liée à «un profond changement organisationnel indiqué par un changement abrupt dans le mode de peuplement et l’utilisation du paysage». Les changements envisagés en matière de colonisation comprennent l’abandon des systèmes de champs agricoles pour une occupation plus groupée avec l’utilisation de grottes comme «refuge» contre la guerre (Flenley et Bahn 2002:154 ; Stevenson et Haoa Cardinali 2008:174). Si l’occupation intensive des grottes semble avoir été un phénomène tardif, son importance dans la préhistoire reste mal documentée. Il est certain que certaines grottes fortifiées et camouflées ont été occupées jusqu’après le premier contact européen (1722 ap. J. C.), comme l’indique la présence d’objets retrouvés tels qu’une perle de verre européenne (Flenley et Bahn 2002 : 154).

Les dates d’hydratation de l’obsidienne pour cette période ne sont pas non plus concluantes. Certes, leur distribution globale pour de grandes parties de l’île, comme le montrent Vargas et al. (2006:233) et Stevenson et Haoa Cardinali (2008:8), ne montre que des déclins marqués ou continus des structures d’habitation datées survenant pendant un intervalle autour de 1700-1750. Cependant, étant donné le degré d’incertitude entre les valeurs d’hydratation spécifiques de l’obsidienne et les dates calendaires réelles (Anovitz et al. 1999), il est difficile de les retenirs comme vérité absolue. Si nous pouvons être sûrs que la gamme des dates d’hydratation de l’obsidienne pour les phénomènes «tardifs» se situe quelque part entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, il n’est pas possible actuellement de conclure que la colonisation et les changements sociaux ont commencé à partir de 1680 ou, comme le suggèrent les distributions actuelles des dates, à une date ultérieure, dans la période post-européenne.

Calibrage empirique

Étant donné l’importance qu’occupe la date de 1680 dans les différentes chronologies proposées pour Rapa Nui, il est nous faut examiner sa base empirique. La date K-501, souvent citée, était constituée de «charbon de bois provenant de boutures de cultures et de bois dans la couche principale brûlée du fossé (Poike)» (Smith 1961b:393). L’échantillon a été analysé en 1956 dans le laboratoire de radiocarbone du National Museum à Copenhague, au Danemark, et son âge radiocarbone a été calculé à 208 G 100 années radiocarbone avant aujourd’hui. La transformation d’une estimation de l’âge du radiocarbone en une fourchette de dates calendaires nécessite une calibration. Depuis les années 1950, de nombreux travaux ont été réalisés pour affiner les courbes d’étalonnage qui corrigent les variations de la production de radiocarbone atmosphérique, et ces développements comprennent maintenant une courbe de haute précision pour l’hémisphère sud. Heyerdahl, Smith et Ferdon ne disposaient d’aucune de ces courbes. Lorsque l’on utilise le calibrage 5.0.2 (Stuiver et Reimer 1993) de l’ensemble de données de calibrage de l’hémisphère sud (McCormac et al. 2004), on obtient une distribution assez conforme des valeurs probables (Fig. 1, tableau 1). En fait, à un seul niveau de confiance d’écart type (1s), la date réelle est tout aussi susceptible d’être antérieure à 1600 que @postérieure à 1726. À un niveau de confiance de deux écarts types (2s), tout ce que nous pouvons dire, c’est que la valeur réelle se situe quelque part entre 1460 et 1817. Ainsi, si nous devions accepter que la date au radiocarbone K-501 soit liée à la construction du fossé de Poike (comme élément défensif) alors utilisé dans une bataille, son âge calibré situe un tel événement sur une large plage temporelle, y compris la probabilité d’un âge historique (post-contact).

Conclusion

Aucune de ces évaluations critiques n’aurait échappé aux chercheurs qui ont proposé l’an 1680, comme un tournant clé de la préhistoire de Rapa Nui. Smith (1961b:391) a été très clair sur le fait que les dates de l’expédition étaient en grande partie provisoires et a prudemment déclaré que «les datations au radiocarbone peuvent être modifiées avec les dates des échantillons qui pourraient être obtenus par les futurs chercheurs».

Compte tenu de leur connaissance des pièces archéologiques de l’époque, des récits antérieurs, de leurs hypothèses et des résultats de leurs analyses au radiocarbone, la conclusion qu’un événement majeur se soit produit avant le premier contact avec les Européens paraissait raisonnable.

Il est grand temps aujourd’hui de réévaluer cette conclusion. Compte tenu du peu de véracité de la date elle-même et de son association ambiguë avec des événements archéologiques spécifiques, nous ne devrions plus utiliser ce point chronologique comme jalon de la préhistoire de Rapa Nui. Nous devons plutôt réévaluer notre compréhension de la chronologie en termes de méthodologie moderne. Grâce à l’analyse minutieuse des datations au radiocarbone (passées et nouvelles) des progrès ont été réalisés dans l’évaluation de la date de la colonisation humaine de l’île de Pâques, établie aujourd’hui 400 à 800 ans plus tard que ce qui était traditionnellement considéré (Hunt et Lipo 2006, 2007, 2008). Tout comme les notions erronées d’une chronologie précoce longue et invisible, l’année 1680 ne peut être considérée comme une date fiable en termes de datation au radiocarbone ou en termes ethnohistoiriques, et qui marquerait un changement culturel majeur et transformateur de la société. Des recherches chronologiques supplémentaires sont nécessaires pour distinguer les transformations archéologiques qui se sont produites au cours de la préhistoire ou à la suite et en conséquence du contact avec les occidentaux.

1. La deuxième date du contexte associé, désignée K-502, a été décrite comme ” 386 ap. J. C. ” et a été assimilée à la date du peuplement de l’île (Smith 1961b, c).

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